L'affaire soulève des interrogations sur la liberté académique dans les universités américaines et sur la possibilité pour les enseignants d'aborder des questions politiques sensibles dans leurs recherches et leurs cours.
Un cours sur Haïti et la Palestine à l'origine du conflit
Le différend remonte à 2024, lorsque Michel DeGraff propose un enseignement explorant les rapports entre les langues, les structures coloniales et les luttes pour l'émancipation, notamment en Haïti, en Palestine et en Israël.
Le département de linguistique du MIT refuse d'intégrer ce cours à son programme. Selon les explications rapportées par DeGraff, les responsables universitaires auraient notamment estimé qu'il ne disposait pas de l'expertise nécessaire pour traiter certains aspects du conflit israélo-palestinien.
Le professeur conteste cette justification. Il estime que la linguistique peut contribuer à analyser les mécanismes de domination, les discours politiques et les processus historiques de colonisation.
Le projet prend finalement la forme d'une série de séminaires organisés en dehors du programme initialement envisagé.
Des sanctions administratives contestées
Le conflit s'intensifie après les critiques publiques formulées par Michel DeGraff contre la direction de son université.
Selon le professeur, son augmentation salariale annuelle aurait été suspendue et il aurait été transféré hors de son département d'origine vers une position de « Faculty-at-Large » au sein de l'École des sciences humaines, des arts et des sciences sociales du MIT.
Il considère ces décisions comme des représailles liées à ses opinions et à ses interventions publiques.
L'université, de son côté, a invoqué des considérations académiques et administratives pour justifier ses décisions.
Il est important de préciser que Michel DeGraff n'a pas été licencié du MIT : il a conservé son statut de professeur titulaire. Le litige concerne notamment son affectation, ses conditions professionnelles et la possibilité d'enseigner certains contenus.
Une plainte déposée devant la justice fédérale
Le 28 mars 2026, Michel DeGraff a déposé une plainte devant un tribunal fédéral du Massachusetts contre le MIT, une commission de la Chambre des représentants américaine et son président, le républicain Tim Walberg.
L'universitaire affirme notamment que ses droits à la liberté d'expression ont été violés et dénonce des discriminations ainsi que des manquements aux obligations contractuelles de son établissement.
La procédure évoque également une enquête parlementaire sur l'antisémitisme dans les universités américaines, dont DeGraff conteste certains aspects.
À ce stade, les accusations formulées dans sa plainte demeurent des allégations soumises à l'appréciation de la justice. Aucun jugement définitif établissant que le MIT aurait illégalement sanctionné le professeur en raison de ses opinions n'a été confirmé.
Une association universitaire exprime ses inquiétudes
La Middle East Studies Association (MESA), organisation universitaire spécialisée dans les études sur le Moyen-Orient, avait déjà exprimé ses préoccupations dans une lettre adressée au MIT en février 2025.
L'association estimait que des considérations politiques avaient pu influencer le refus du cours proposé par DeGraff et appelait l'université à respecter les principes de liberté académique.
Cette intervention illustre la portée du débat, qui dépasse désormais le seul parcours du professeur haïtien.
Michel DeGraff, une voix importante pour la langue créole
Au-delà de cette controverse, Michel DeGraff est reconnu pour ses travaux sur les langues créoles et les politiques éducatives.
Directeur de l'initiative MIT-Haïti et membre fondateur de l'Akademi Kreyòl Ayisyen, il défend depuis de nombreuses années l'utilisation du créole haïtien dans l'enseignement et la production des connaissances.
Ses recherches contestent notamment les préjugés linguistiques qui ont historiquement contribué à marginaliser les langues créoles.
Pour lui, les débats sur Haïti et la Palestine s'inscrivent dans une réflexion plus large sur les rapports entre langage, pouvoir, histoire et émancipation.
Une affaire qui interroge l'avenir de la liberté académique
Le différend entre Michel DeGraff et le MIT intervient dans un climat de fortes tensions sur les campus américains autour de la guerre à Gaza, de l'antisémitisme, des mobilisations étudiantes et de la liberté d'expression.
Il met en lumière une question fondamentale : jusqu'où une université peut-elle encadrer les enseignements et les interventions publiques de ses professeurs sans porter atteinte à leur indépendance intellectuelle ?
Pour Michel DeGraff, la procédure judiciaire représente une tentative de défendre ses droits professionnels et ses convictions universitaires.
La justice américaine devra déterminer si les décisions prises par le MIT relevaient de ses prérogatives administratives ou si elles constituaient des représailles illégales contre le professeur haïtien.
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