La réunion, présidée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, intervient dans un contexte particulièrement délicat : expansion des groupes armés, difficultés économiques persistantes, besoins sociaux importants et préparation du processus électoral.

Selon les informations publiées autour de l’adoption, l’enveloppe globale du nouveau budget est annoncée à 401,2 milliards de gourdes. Les documents officiels détaillant définitivement la répartition de cette enveloppe par institution n’étaient toutefois pas encore disponibles sur les pages du ministère de l’Économie et des Finances consultées au moment de notre vérification. Le MEF publie bien la lettre de cadrage 2026-2027, mais pas encore le document budgétaire final dans sa documentation accessible en ligne. 

La sécurité placée au premier rang

Les orientations gouvernementales étaient déjà clairement établies avant l'adoption du budget.

Dans sa lettre de cadrage pour l’exercice 2026-2027, le gouvernement présente la sécurité publique et la défense nationale comme la priorité centrale de sa politique budgétaire.

Les crédits doivent notamment contribuer au renforcement des capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H).

Le gouvernement prévoit également de concentrer ses efforts sur la sécurisation des grands axes routiers, la lutte contre la criminalité organisée, la réhabilitation des infrastructures de sécurité ainsi que l’acquisition d’équipements adaptés aux besoins opérationnels. 

L’objectif affiché dépasse le seul domaine sécuritaire. L’exécutif considère qu’une amélioration de la sécurité est indispensable à la reprise de l’activité économique, au fonctionnement des marchés et au rétablissement de la confiance des entreprises.

Les élections, autre chantier majeur

Le deuxième grand axe concerne l’organisation des élections et la restauration des institutions démocratiques.

La lettre de cadrage évalue le coût du processus électoral à environ 120 millions de dollars américains. Le Basket Fund consacré aux opérations électorales disposait d’environ 48 millions de dollars, tandis que des dispositions avaient été envisagées dans le budget rectificatif 2025-2026 afin de porter les ressources disponibles à environ 90 millions de dollars au 30 septembre 2026. 

Le nouveau budget doit donc contribuer à couvrir les besoins restant à financer et les dépenses découlant du calendrier électoral.

Le gouvernement rappelle parallèlement aux institutions publiques leurs obligations pendant la période électorale, notamment la neutralité des agents publics et l’interdiction d’utiliser les ressources de l’État à des fins de campagne. 

Relancer une économie fragilisée

La sécurité et les élections ne constituent cependant pas les seuls axes du budget.

Les orientations officielles retiennent également le redressement et la relance économique, la sécurité alimentaire, la protection sociale, l’accès aux services sociaux de base, l’État de droit, la justice et la lutte contre la corruption. 

Le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, avait insisté dès le lancement des travaux budgétaires sur la nécessité de renouer avec la croissance après plusieurs années de contraction économique. 

La réhabilitation des infrastructures essentielles et le soutien à des projets d’investissement susceptibles d’avoir un impact concret sur les conditions de vie figurent également parmi les orientations communiquées par le ministère de la Planification et de la Coopération externe.

401,2 milliards de gourdes : reste maintenant à savoir où ira l’argent

L’annonce de l’enveloppe globale ne permet pas encore d’évaluer précisément le poids réel accordé à chacune des priorités.

C’est désormais la publication du budget détaillé qui permettra de répondre aux questions essentielles : quelle enveloppe sera effectivement accordée à la PNH ? Combien aux FAd’H ? Quelle contribution nationale sera réservée aux élections ? Quels montants iront à la santé, à l’éducation, aux infrastructures, à la protection sociale et aux investissements publics ?

Cette ventilation permettra également de comparer les priorités annoncées par le gouvernement avec les crédits effectivement accordés aux institutions.

Pour l’exercice 2026-2027, l’enjeu ne sera donc pas seulement la taille du budget, mais sa capacité à être exécuté et à produire des résultats dans un contexte où sécurité, élections et relance économique sont étroitement liées.