Une dette dont le remboursement dépasse largement les prévisions

Selon les chiffres rapportés, les dépenses consacrées à l’amortissement de la dette publique ont atteint 39,3 milliards de gourdes, alors que les prévisions budgétaires étaient fixées à 16,8 milliards.

L’écart représente un dépassement de 22,5 milliards de gourdes, soit environ 134 % du montant initialement prévu.

Cette différence soulève des interrogations sur la qualité des prévisions budgétaires et la transparence des opérations financières de l’État.

La CSCCA recommande notamment au ministère de l’Économie et des Finances de fournir des informations plus détaillées concernant l’encours de la dette publique, les échéances de remboursement et les paiements effectués. 

Un déficit budgétaire de 22,6 milliards de gourdes

Au-delà de la question de la dette, le rapport met en évidence un déficit budgétaire de 22,6 milliards de gourdes pour l’exercice 2024-2025.

Cette situation intervient alors que l’économie haïtienne traverse une septième année consécutive de récession.

Le produit intérieur brut réel a enregistré une contraction de 2,7 % durant cet exercice, après une baisse de 4,2 % l’année précédente.

Depuis l’exercice 2018-2019, l’économie nationale aurait ainsi perdu environ 16,1 % de sa production réelle.

L’insécurité, les difficultés d’approvisionnement, les blocages routiers et la contraction des activités économiques figurent parmi les facteurs qui contribuent à cette dégradation.

Plus de la moitié des dépenses prévues pour les projets non exécutées

L’un des constats les plus préoccupants concerne l’exécution des dépenses destinées aux programmes et projets publics.

D’après la CSCCA, seulement 46,8 % des crédits prévus pour ces programmes et projets ont été exécutés durant l’exercice fiscal 2024-2025.

Autrement dit, plus de la moitié des ressources budgétaires prévues dans cette catégorie n’ont pas été effectivement dépensées.

Cette faible exécution soulève des questions sur la capacité des institutions publiques à réaliser les projets inscrits au budget national.

Les conséquences peuvent notamment se traduire par des retards dans la construction d’infrastructures, la modernisation des services publics et la réalisation de programmes de développement.

Sécurité publique : seulement 3,3 % des investissements exécutés

Alors que l’insécurité constitue l’un des principaux défis auxquels Haïti est confrontée, le rapport révèle un niveau particulièrement faible d’exécution des investissements du ministère de la Justice et de la Sécurité publique.

Le taux d’exécution des crédits d’investissement de ce ministère n’a atteint que 3,3 % durant l’exercice 2024-2025.

Ce chiffre soulève des interrogations sur les difficultés administratives, financières et opérationnelles qui entravent la réalisation des investissements dans le secteur.

Il convient toutefois de distinguer les crédits d’investissement des dépenses courantes consacrées au fonctionnement des institutions de sécurité.

Le taux de 3,3 % ne signifie donc pas que l’ensemble du budget de la sécurité publique a été exécuté à ce niveau. 

Une inflation qui continue de peser sur les ménages

La détérioration des finances publiques s’inscrit également dans un environnement économique difficile pour les ménages.

En septembre 2025, l’inflation annuelle atteignait 31,9 %, contre 27,9 % un an auparavant.

Cette augmentation des prix s’explique notamment par les perturbations des circuits de distribution, les difficultés de transport, l’insécurité et les problèmes d’approvisionnement.

Les secteurs de l’agriculture, de la construction, du commerce et des transports ont particulièrement souffert de la crise économique.

Dans ce contexte, les ménages continuent de subir les effets combinés de la baisse de l’activité économique et de l’augmentation du coût de la vie. 

La Cour des comptes appelle à davantage de transparence

Face aux irrégularités et aux insuffisances constatées dans l’exécution budgétaire, la CSCCA recommande un renforcement des mécanismes de contrôle et de suivi des dépenses publiques.

L’institution insiste notamment sur la nécessité d’améliorer la préparation des projets, de renforcer la transparence des opérations liées à la dette et de mettre en place des indicateurs permettant d’évaluer les résultats des investissements.

Elle recommande également un mécanisme formel de suivi de ses observations afin d’éviter la répétition des mêmes dysfonctionnements d’un exercice budgétaire à l’autre.

Ces conclusions mettent en évidence les défis auxquels l’administration publique haïtienne demeure confrontée en matière de planification, d’exécution budgétaire et de reddition des comptes.

Pour la CSCCA, l’enjeu ne se limite pas à la mobilisation des ressources financières : il concerne également la capacité de l’État à les utiliser efficacement au bénéfice de la population. 


Source institutionnelle : Cour supérieure des comptes — Rapport sur les finances publiques 2024-2025