À ce bilan humain s’ajoutent plus de 230 personnes enlevées et plus de 1 000 femmes et filles victimes de viol durant la même période.
Volker Türk prévient cependant que les données documentées par son Bureau ne donnent probablement qu’une vision partielle de l’ampleur de la crise. Selon lui, les chiffres réels sont vraisemblablement beaucoup plus élevés.
Plus de la moitié des victimes recensées lors d’opérations de sécurité
L’un des éléments les plus préoccupants du nouveau bilan concerne les circonstances dans lesquelles les victimes ont été tuées ou blessées.
Selon le Haut-Commissaire, plus de la moitié des victimes enregistrées depuis le début de l’année l’ont été dans le contexte d’opérations de sécurité contre les gangs.
Des centaines de personnes auraient notamment été touchées par des balles perdues et des drones explosifs.
L’ONU affirme que les opérations des forces de l’ordre continuent de susciter de sérieuses préoccupations concernant l’usage inutile ou disproportionné de la force.
Cette donnée apporte une nuance importante au bilan global : les 5 700 victimes recensées ne sont donc pas toutes directement attribuées aux gangs. Le chiffre additionne les personnes tuées ou blessées par les gangs et celles touchées lors des opérations conduites contre eux.
Les gangs continuent de gagner du terrain
Pour Volker Türk, les groupes armés continuent de s’adapter à la pression sécuritaire et cherchent à étendre leur influence.
Les informations recueillies par l’ONU montrent notamment une stratégie visant à s’emparer de nouveaux territoires et de routes de transport stratégiques.
Cette évolution ne concerne plus uniquement certains quartiers de Port-au-Prince. Un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime avait déjà constaté une dispersion croissante des activités des gangs dans la région métropolitaine, dans l’Artibonite et dans d’autres zones du pays à partir d’avril 2026.
Le contrôle des axes routiers, ports et zones économiques permet aux groupes armés de contrôler les déplacements, prélever des revenus et exercer davantage de pression sur les populations.
Plus de 1 000 femmes et filles violées
La violence sexuelle demeure parallèlement l’une des dimensions les plus graves de la crise.
Le Haut-Commissariat affirme avoir documenté plus de 1 000 femmes et filles victimes de viol entre janvier et le 11 septembre.
Ces violences s'inscrivent dans une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Les Nations unies avaient recensé plus de 8 000 incidents de violences basées sur le genre en 2025, dont plus de la moitié relevaient de violences sexuelles. Près des deux tiers des violences sexuelles documentées cette année-là étaient des viols collectifs.
Le recrutement des enfants inquiète également l’ONU
Autre signal d’alarme : l’utilisation d’enfants par les groupes armés.
Volker Türk affirme que le recrutement d’enfants par les gangs a presque triplé.
Pour certains mineurs confrontés à la pauvreté, aux déplacements et à l’effondrement des structures sociales dans les territoires contrôlés par les groupes armés, rejoindre un gang peut apparaître comme un moyen de survie.
Le Haut-Commissaire insiste sur le fait qu’aucun enfant ne devrait être placé devant un tel choix.
Une Force de répression des gangs encore incomplète
Ce nouveau bilan intervient quelques jours après la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de prolonger de six mois le mandat de la Force de répression des gangs (FRG).
Son mandat court désormais jusqu’au 31 mars 2027.
Environ 1 500 membres de cette force seraient actuellement déployés en Haïti, alors que l’effectif prévu atteint 5 500 personnes. Les quelque 4 000 membres restants devraient être déployés progressivement.
Volker Türk estime que les premières opérations de la Force constituent une étape attendue vers une amélioration de la sécurité, mais considère que ses effectifs restent très inférieurs aux besoins.
Il appelle donc à un déploiement complet et accéléré, accompagné de garanties solides concernant le respect des droits humains.
Une crise qui frappe aussi l’économie et les services essentiels
Au-delà des morts et des blessés, l’emprise des groupes armés affecte profondément la vie quotidienne.
L’extorsion, le pillage et la destruction de biens paralysent une partie de l’activité économique, tandis que l’insécurité empêche de nombreuses personnes d’accéder normalement aux écoles, aux hôpitaux et aux services essentiels, souligne le Haut-Commissaire.
La crise a également provoqué des déplacements massifs. Près de 1,5 million de personnes ont dû quitter leur domicile en raison de l’insécurité, selon les données rapportées lors du récent renouvellement du mandat de la force internationale.
À quelques mois d’échéances politiques majeures, ce nouveau bilan des Nations unies rappelle ainsi l’ampleur du défi auquel Haïti reste confrontée : rétablir la sécurité tout en protégeant les populations civiles et en évitant que les opérations destinées à combattre les gangs n’alourdissent elles-mêmes le bilan humain.
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