Cette recrudescence intervient alors que le pays tente d’avancer vers l’organisation d’élections générales, les premières depuis plus d’une décennie. Elle touche particulièrement la région métropolitaine de Port-au-Prince et s’accompagne d’enlèvements de personnalités occupant des fonctions importantes. 

Des personnalités de premier plan prises pour cible

Parmi les victimes citées figure James Boyard, inspecteur général de police et directeur de cabinet au ministère de la Défense. Il a été enlevé en plein jour en juin à Bourdon, un secteur de Port-au-Prince longtemps considéré comme relativement sécurisé, et n'avait toujours pas été libéré au moment du reportage de l'AP. L'avocat Caleb Jean-Baptiste ainsi que Stéphanie Paultre, directrice générale de l'Office national de partenariat en éducation, figurent également parmi les personnes enlevées rapportées par les médias locaux.

Ces affaires illustrent une évolution préoccupante : les groupes criminels ne limitent plus leurs opérations aux quartiers traditionnellement considérés comme dangereux. Selon Romain Le Cour, responsable de l'Observatoire d'Haïti à la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, la nouvelle vague touche notamment des zones situées au cœur de la présence politique, économique et internationale de la capitale. 

Des chiffres probablement inférieurs à la réalité

Les données disponibles ne reflètent vraisemblablement qu'une partie du phénomène. De nombreuses familles choisissent de ne pas signaler les enlèvements par crainte de représailles, d'une augmentation de la rançon réclamée ou d'une perturbation des négociations engagées avec les ravisseurs.

L'évolution des dernières années montre néanmoins l'ampleur du problème. Les Nations unies avaient recensé 2 490 enlèvements en 2023, puis au moins 2 058 en 2024. Le nombre de cas signalés avait diminué de près de 40 % en 2025 pour atteindre 1 268, avant la nouvelle tendance à la hausse observée cette année. 

Des enlèvements collectifs

Le phénomène ne concerne plus seulement des personnes ciblées individuellement.

Lors des violences qui ont frappé Kenscoff cet été, plus de 70 personnes ont été enlevées, selon l'AP. Six enfants et sept femmes avaient par la suite été libérés, tandis que d'autres otages restaient détenus au moment du reportage. 

À la fin du mois de septembre, des groupes armés ont également retenu des centaines de civils pendant deux jours à Petite-Rivière, dans le département de l'Artibonite, selon les informations recueillies par l'agence. Au moins huit personnes ont été tuées et dix autres blessées durant ces événements. 

De faux uniformes et véhicules policiers

Autre élément préoccupant : certains groupes criminels utiliseraient des uniformes de police authentiques ou imités, des véhicules et des plaques d'immatriculation clonées pour mener des enlèvements.

Romain Le Cour évoque également des allégations de collusion impliquant certains membres des forces de l'ordre, tout en soulignant que cibler des personnalités de haut niveau suppose souvent l'accès à des renseignements précis. Ces allégations ne constituent toutefois pas, à elles seules, la preuve d'une implication institutionnelle de la police. 

La sécurité au cœur du processus électoral

La remontée des enlèvements intervient à un moment particulièrement sensible. Haïti cherche à organiser des élections générales après des années sans scrutin national et sans président élu depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021.

Les Nations unies ont déjà averti que l'insécurité risque de compromettre les efforts visant à renforcer la gouvernance et à faire progresser les préparatifs électoraux. Lors d'une réunion du Conseil de sécurité en août, le représentant spécial du secrétaire général pour Haïti, Carlos Ruiz Massieu, déclarait que l'amélioration des conditions de sécurité était indispensable à la poursuite du processus politique et électoral.

Le gouvernement affirme de son côté renforcer les capacités nationales. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a indiqué récemment que 4 000 nouveaux policiers étaient en formation en 2026, tandis que 1 500 militaires avaient déjà achevé leur formation. Fin septembre, la Police nationale d'Haïti a également annoncé la formation d'une dizaine d'agents spécialisés dans la négociation lors des prises d'otages.

Dans un pays où les enlèvements avaient fortement diminué en 2025, leur remontée constitue ainsi un nouveau défi sécuritaire au moment même où les autorités cherchent à créer les conditions nécessaires au retour aux urnes.