Les conclusions rapportées sont particulièrement sensibles : les experts établissent également un lien entre un réseau d’exportateurs illicites associé à Jean-Charles Moïse et un circuit régional de contrebande transnationale.

Jean-Charles Moïse au centre des accusations

Selon les éléments du rapport relayés ce mercredi, le commerce des civelles en Haïti — de jeunes anguilles particulièrement recherchées sur le marché international — fonctionnerait dans un environnement caractérisé par une faible réglementation, une importante opacité et des soupçons de corruption.

Le Groupe d’experts affirme que le réseau associé à Jean-Charles Moïse exercerait une influence sur plusieurs maillons du secteur, notamment la chaîne d’approvisionnement et les structures administratives chargées des permis d’exportation.

Les experts évoquent également une influence présumée sur des acteurs du ministère de l’Agriculture et des douanes.

Il ne s'agit donc pas seulement, dans le rapport, d'un responsable politique dont le nom apparaît indirectement dans une activité commerciale. Les experts décrivent un système dans lequel son réseau aurait acquis une position suffisamment importante pour peser sur plusieurs étapes du commerce des civelles.

Des pressions présumées sur des agents douaniers

Les accusations deviennent encore plus sérieuses concernant le fonctionnement des contrôles.

Selon le rapport, le réseau exercerait des pressions sur certains agents des douanes afin de faciliter des opérations frauduleuses. Les experts font état de risques de mutation ou de représailles, mais également d'offres de pots-de-vin lorsque certains agents refuseraient de coopérer.

Le Groupe d'experts établit par ailleurs un lien entre un réseau d'exportateurs illicites associé à Jean-Charles Moïse et un réseau régional de contrebande.

Ces affirmations placent le dossier au-delà d'une simple question de gestion administrative du commerce des civelles : elles soulèvent des interrogations sur d'éventuels mécanismes de corruption et de contournement des contrôles de l'État.

L'incident de Fort-Liberté du 20 décembre 2024

L'enquête revient notamment sur un épisode survenu à Fort-Liberté le 20 décembre 2024.

Durant la saison 2024-2025, la suspension des liaisons aériennes entre Port-au-Prince et les États-Unis aurait favorisé, selon les experts, le recours à des circuits clandestins dans le Nord du pays.

Ces circuits auraient notamment impliqué des agents des douanes haïtiennes ainsi que des propriétaires dominicains de bateaux privés. L'incident de Fort-Liberté aurait permis aux enquêteurs de mettre au jour une partie de ce dispositif.

Des enquêtes douanières étrangères viennent renforcer le dossier

Le rapport fait état d'un autre élément important.

En juin 2026, les services douaniers d'un État membre des Nations unies auraient confirmé au Groupe d'experts l'existence de deux affaires de contrebande de civelles vivantes survenues entre octobre et décembre 2024.

Selon les informations rapportées, les deux opérations présentaient une personne et un mode opératoire communs et auraient été réalisées sans les documents d'exportation et déclarations douanières requis.

Cette dimension internationale est particulièrement importante puisqu'elle montre que les investigations ne reposent pas uniquement sur des témoignages recueillis en Haïti.

Une affaire politiquement explosive

Ces accusations interviennent alors que Jean-Charles Moïse demeure l'une des personnalités politiques les plus visibles du pays et dirige Pitit Dessalines.

Elles pourraient donc avoir des répercussions dépassant largement le commerce des civelles, notamment en raison des affirmations relatives à une possible influence sur des institutions publiques chargées précisément de réglementer et de contrôler ce secteur.

Le rapport des experts ne constitue toutefois pas une condamnation judiciaire. Les affirmations concernant Jean-Charles Moïse doivent être présentées comme les conclusions et accusations du Groupe d'experts des Nations unies, et non comme une culpabilité établie par un tribunal.

À ce stade, Lambi News n'a pas identifié dans les sources consultées une réponse détaillée de Jean-Charles Moïse à ces accusations précises concernant les civelles. Toute réaction de l'ancien sénateur devra donc être intégrée au dossier dès qu'elle sera disponible.

Au-delà des civelles, l'ONU s'intéresse aux circuits financiers clandestins

Le rapport examine également les mouvements clandestins d'espèces entre les États-Unis et Haïti. Selon les données rapportées par les experts, les autorités américaines auraient confisqué 428 892 dollars entre le 3 juillet 2025 et le 17 mai 2026 à des personnes voyageant des États-Unis vers Haïti après omission de déclarer des sommes supérieures au seuil légal.

Le Groupe d'experts estime que ces mouvements clandestins d'argent présentent notamment un risque d'alimentation des gangs et d'autres réseaux criminels. Ces saisies ne doivent toutefois pas être présentées comme étant directement liées à Jean-Charles Moïse sans preuve spécifique en ce sens.

L'affaire des civelles ouvre ainsi un nouveau front particulièrement délicat pour le dirigeant de Pitit Dessalines. Les accusations sont lourdes ; reste désormais à connaître sa réponse et à déterminer quelles suites les autorités haïtiennes ou étrangères donneront aux constatations du Groupe d'experts.