Une accusation partie d’un compte anonyme
La controverse a débuté sur X avec un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude ». Celui-ci affirme avoir soumis plusieurs passages du roman au détecteur d’IA Pangram et soutient, sur cette base, que l’ouvrage aurait été presque entièrement généré par intelligence artificielle. La publication est rapidement devenue virale.
Mais les résultats obtenus avec des détecteurs d’IA ne permettent pas d’établir de manière certaine l’origine d’un texte. L’AFP a notamment soumis les passages contestés à plusieurs outils et obtenu des conclusions fortement divergentes : certains les considèrent comme générés par IA, d’autres comme humains, tandis que d’autres encore donnent des résultats intermédiaires.
Le Monde rapporte de son côté avoir testé une part importante du roman avec Pangram, qui a détecté une forte probabilité d’utilisation d’IA. Le quotidien souligne toutefois les limites méthodologiques de ce type d’outil, notamment son opacité, la possibilité de biais et une fiabilité susceptible de varier selon la langue et le style littéraire analysés.
Thélyson Orélien dément
L’écrivain de 38 ans nie avoir utilisé une machine pour écrire son roman. Il affirme travailler sur ce texte depuis plusieurs années ; Grasset indique au Monde que la rédaction aurait commencé dès 2017, bien avant l’explosion actuelle des outils d’IA générative.
Orélien estime également que certaines particularités de son écriture — notamment les influences haïtiennes et caribéennes ainsi que l’emploi de plusieurs langues dans les dialogues — pourraient compliquer l’analyse automatisée de son texte.
Grasset et Boréal derrière leur auteur
Ses deux maisons d’édition ont publiquement pris sa défense. En France, Grasset rejette les accusations et défend le caractère original du travail de l’écrivain. Au Québec, les Éditions du Boréal indiquent prendre les allégations au sérieux, tout en affirmant que leur confiance envers le travail de Thélyson Orélien demeure entière.
Le président de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, a pour sa part appelé à la prudence : il estime qu’il faudrait disposer de preuves irréfutables avant d’envisager l’exclusion d’un auteur pour utilisation de l’IA.
Une polémique au pire moment… ou au moment le plus médiatique
C’était ça ou mourir connaît un important succès éditorial. Le roman a remporté le Prix du Roman Fnac 2026 et figure dans les sélections de plusieurs grands prix littéraires français, notamment le Goncourt, le Médicis et le Femina. Il raconte le parcours de Jonas, un professeur haïtien qui fuit la violence et entreprend un long voyage vers le Canada.
L’affaire dépasse ainsi le cas personnel de Thélyson Orélien. Elle pose une question qui risque de devenir centrale dans l’édition : comment prouver qu’un texte est humain à une époque où les détecteurs d’IA eux-mêmes peuvent produire des résultats contradictoires ?
Pour l’heure, aucune des sources fiables consultées n’établit comme un fait que C’était ça ou mourir a été écrit par une intelligence artificielle. Il s’agit donc d’une accusation contestée, et non d’une fraude démontrée.
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