L’ancienne Première dame était interrogée sur le climat politique particulièrement tendu précédant l’assassinat de son mari et sur les personnes qui lui étaient politiquement hostiles. La défense de Sanon cherche notamment à montrer aux jurés que Jovenel Moïse avait de nombreux adversaires et que plusieurs personnes souhaitaient son départ du pouvoir. Des comptes rendus indépendants de l’audience confirment que cette question des nombreux ennemis politiques du président a occupé une place importante dans le contre-interrogatoire.

Une déclaration de Don Kato évoquée devant les jurés

C’est dans ce contexte que Martine Moïse a fait référence à une ancienne déclaration attribuée à Antonio Chéramy, alors sénateur et opposant au pouvoir de Jovenel Moïse.

Selon plusieurs médias haïtiens suivant le procès, elle a rappelé une déclaration remontant au 18 novembre 2020, dans laquelle Don Kato aurait affirmé qu’il s’agirait du dernier 18 novembre de Jovenel Moïse en tant que président.

Martine Moïse a expliqué devant la cour comment elle interprétait aujourd’hui ces propos.

« Lè yon opozan kanpe li di, 18 novanm sa a, se dènye 18 novanm Jovenel ap wè, sa montre li te konnen yon bagay. »

Cette appréciation est celle de l’ancienne Première dame. Elle ne constitue pas en elle-même une preuve que Don Kato avait connaissance du projet d’assassinat, et aucune conclusion de cette nature ne peut être tirée du seul fait que cette déclaration ait été évoquée devant les jurés.

Une photographie avec Christian Sanon également évoquée

Un deuxième élément a retenu l’attention au cours de l’audience : Martine Moïse a également évoqué une photographie sur laquelle Antonio Chéramy apparaîtrait aux côtés de Christian Emmanuel Sanon. Plusieurs médias haïtiens rapportant l’audience font état de cette photo.

Sa mention prend une dimension particulière parce que Sanon est précisément l’homme actuellement jugé à Miami.

Les procureurs fédéraux accusent ce pasteur haïtiano-américain de 67 ans d’avoir participé au complot destiné à renverser Jovenel Moïse, avec l'ambition initiale d'accéder lui-même à la présidence. Sanon, qui fait face notamment à des accusations de complot en vue de tuer ou d’enlever une personne hors des États-Unis, a plaidé non coupable.

L’existence éventuelle d’une photographie commune ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir la nature des relations entre Don Kato et Sanon, encore moins une participation à un complot criminel.

La défense explore les nombreux adversaires de Jovenel Moïse

L'apparition du nom de Don Kato doit surtout être replacée dans la stratégie développée par les avocats de Christian Sanon.

Au cours du contre-interrogatoire, ils ont longuement questionné Martine Moïse sur les conflits politiques et économiques auxquels son mari faisait face avant sa mort.

L’ancienne Première dame a elle-même reconnu devant le tribunal que Jovenel Moïse avait « beaucoup d’ennemis ». Elle a notamment évoqué ses conflits avec certains intérêts économiques et les tensions provoquées par sa volonté de modifier ou d’annuler certains contrats.

D’autres personnalités politiques, dont l’ancien président Michel Martelly et l’ancien Premier ministre Ariel Henry, ont également été évoquées durant son témoignage. Selon CBS Miami, Martine Moïse n’a pas formulé d’accusation directe contre eux au cours de cette partie de son témoignage.

La défense tente ainsi d'élargir le contexte présenté au jury et de mettre en évidence le nombre important de personnes qui s'opposaient politiquement au président avant son assassinat.

Don Kato avait déjà été entendu dans l’enquête en Haïti

Ce n’est pas la première fois que le nom d’Antonio Chéramy apparaît dans les procédures entourant l’assassinat de Jovenel Moïse.

Le 26 mars 2026, l’ancien sénateur avait été auditionné en Haïti par le juge d’instruction Denis Cyprien, chargé de poursuivre l’enquête après l’annulation par la Cour d’appel de l’ordonnance précédemment rendue par le juge Walther Wesser Voltaire.

Cette audition ne doit pas non plus être assimilée à une inculpation ou à une reconnaissance de responsabilité.

La prudence reste donc indispensable : Don Kato n’est pas l’accusé dans le procès actuellement examiné par le jury de Miami. C’est Christian Emmanuel Sanon dont la responsabilité pénale est actuellement jugée.

Martine Moïse au cœur du procès

Le témoignage de Martine Moïse constitue l'un des moments majeurs du procès.

Mardi, elle avait livré aux jurés un récit particulièrement détaillé de la nuit du 7 juillet 2021. Elle a raconté que les tirs avaient réveillé le couple et que Jovenel Moïse lui aurait alors dit : « Chérie, nous sommes morts. »

Elle a expliqué avoir rejoint ses enfants avant de revenir auprès de son mari. Les assaillants ont ensuite pénétré dans la résidence, tué le président et grièvement blessé son épouse.

Mercredi, le contre-interrogatoire s’est poursuivi avant que leur fille Jomarlie Moïse ne témoigne à son tour. Celle-ci a raconté s’être cachée avec son frère et le chien de la famille dans une salle de bain pendant que les hommes armés attaquaient la résidence.

Un procès qui continue de faire émerger des noms

Le procès de Christian Sanon ne porte donc plus uniquement sur les événements de la nuit du 7 juillet 2021. Au fil des témoignages et des contre-interrogatoires, il replonge également dans les rivalités politiques, économiques et personnelles qui entouraient la présidence de Jovenel Moïse.

L’évocation d’Antonio Chéramy en est le dernier exemple.

Mais la distinction reste fondamentale : être cité par un témoin au cours d’un procès ne signifie ni être accusé ni être reconnu impliqué dans les faits jugés.

Le jury devra déterminer la responsabilité de Christian Emmanuel Sanon à partir des preuves admises par le tribunal et des témoignages présentés au cours du procès. Sanon bénéficie de la présomption d’innocence et a plaidé non coupable aux accusations portées contre lui.