Les derniers militaires américains ont quitté une base située dans le nord de l’Irak. Cette étape marque la fin sur le territoire irakien de la mission de la coalition internationale mise en place pour combattre le groupe État islamique (EI), après douze années d’opérations dans ce cadre.

Un retrait négocié depuis 2024

Le départ ne constitue pas une décision soudaine. Washington et Bagdad avaient conclu en 2024 un accord organisant progressivement la fin de la mission de la coalition en Irak.

L’administration de l’ancien président Joe Biden avait négocié cet accord avec les autorités irakiennes. Sa dernière phase a été exécutée sous l’administration de Donald Trump.

Les forces américaines avaient déjà quitté la majorité de leurs positions dans le pays. Quelques centaines de soldats étaient toutefois restés dans le Kurdistan irakien jusqu’à la phase finale du retrait.

Plus de deux décennies d'une présence mouvementée

Les États-Unis avaient envahi l’Irak en mars 2003 avec une coalition internationale, renversant quelques semaines plus tard le régime de Saddam Hussein.

Les forces américaines avaient officiellement achevé leur première grande mission de combat et quitté le pays en 2011.

Mais elles étaient revenues en 2014, à la demande du gouvernement irakien, après l’expansion fulgurante du groupe État islamique, qui s’était emparé de Mossoul et de vastes territoires en Irak et en Syrie.

Une coalition internationale dirigée par Washington avait alors été constituée pour soutenir les forces irakiennes dans leur lutte contre l’organisation jihadiste.

Le groupe a perdu son dernier territoire important en Irak en 2017, mais des cellules clandestines sont restées actives.

Bagdad assume désormais la responsabilité sécuritaire

Le gouvernement irakien présente le départ des troupes étrangères comme une nouvelle étape dans l'exercice de sa souveraineté.

La transition repose également sur l’idée que les forces de sécurité irakiennes disposent désormais des capacités nécessaires pour combattre les cellules restantes de l’État islamique. Le commandement militaire américain estimait déjà cette année que les forces irakiennes pouvaient gérer la menace de l’EI à l’intérieur du pays.

Le retrait militaire ne signifie cependant pas la disparition de toute coopération entre Washington et Bagdad. Les États-Unis prévoient de maintenir une relation de défense avec l’Irak, notamment dans les domaines de la formation et du renseignement.

La menace de l'État islamique reste surveillée

La principale interrogation concerne désormais la capacité de l’Irak à empêcher une résurgence de l’État islamique sans présence militaire américaine permanente.

L’organisation ne contrôle plus de vastes territoires comme en 2014, mais conserve des cellules clandestines. Des responsables irakiens et kurdes ont signalé une activité accrue de certains combattants avant le départ américain.

L’enjeu est particulièrement sensible dans les zones où l’autorité de Bagdad et celle du gouvernement régional du Kurdistan se chevauchent.

L'Iran et ses alliés saluent le départ

Le retrait américain possède également une forte dimension géopolitique.

L’ et plusieurs groupes armés irakiens qui lui sont proches ont présenté le départ des forces américaines comme une victoire politique et stratégique. Certains de ces groupes réclamaient depuis plusieurs années la fin de toute présence militaire américaine en Irak.

Cette évolution pourrait modifier l’équilibre entre Washington et Téhéran dans un pays où les deux puissances exercent depuis longtemps des formes d’influence concurrentes.

Mais la question du désarmement des groupes armés reste ouverte. Plusieurs factions puissantes ont jusqu'ici résisté aux initiatives visant à placer toutes les armes sous le contrôle exclusif de l'État irakien.

Une influence américaine qui ne disparaît pas

La fin de la présence militaire ne signifie pas non plus la disparition de l’influence américaine en Irak.

Un élément particulièrement important concerne les revenus pétroliers irakiens. L’argent provenant des exportations de pétrole continue de transiter par un compte de la Banque centrale irakienne auprès de la Réserve fédérale de New York, un mécanisme mis en place après l’invasion de 2003 et maintenu depuis.

Cette architecture financière reste stratégique pour Bagdad, puisque les recettes pétrolières représentent environ 90 % du budget de l’État irakien.

Une nouvelle phase pour l’Irak

Le départ des dernières troupes américaines clôt ainsi un chapitre majeur de l’histoire contemporaine de l’Irak, mais ne règle pas les principaux défis sécuritaires du pays.

Bagdad doit désormais gérer simultanément la menace résiduelle de l’État islamique, la question du contrôle des groupes armés, les rivalités politiques internes et les influences régionales.

Pour Washington, le retrait transforme surtout la nature de la relation avec l’Irak : la présence militaire permanente prend fin, tandis que la coopération sécuritaire, diplomatique et économique doit se poursuivre sous d’autres formes.