Des propos qui ont fait réagir

Ces déclarations ont relancé le débat. Rezo Nòdwès y a consacré un éditorial qui demande si un ambassadeur haïtien à Madrid oserait définir le profil du prochain dirigeant espagnol. Le journal estime que les échanges entre chancelleries ne donnent à aucun gouvernement étranger le droit de codéterminer le choix des dirigeants haïtiens. Il demande aussi si l'ambassadeur rappelle seulement une exigence universelle d'intégrité publique ou s'il propose des critères particuliers de respectabilité politique.

Le même média a publié un « flashback » sur 2011. Selon lui, citant un témoignage rapporté par *El País*, l'ambassade d'Espagne serait intervenue pour empêcher le président René Préval d'expulser Antonio Sola, conseiller électoral de Michel Martelly. Cette version repose sur le récit de l'intéressé et n'a pas été confirmée par l'ambassade.

Un message qui n'est pas isolé

L'intervention espagnole s'inscrit dans une séquence plus large. Rezo Nòdwès relève que la France, les Nations Unies et l'Espagne ont multiplié les signaux ces derniers jours. Paris insiste sur la crédibilité du processus électoral, l'intégrité des candidats et l'application des sanctions de l'ONU et de l'Union européenne. Ces prises de position tombent alors que le gouvernement d'Alix Didier Fils-Aimé doit répondre à l'urgence sécuritaire, préparer les élections et convaincre que la transition mènera à un retour à l'ordre constitutionnel.

La vraie question : qui juge de l'intégrité ?

Personne ne conteste qu'un futur président doive être intègre. Le débat porte sur deux points : qui décide qu'un candidat est « honorable et fréquentable », et au nom de quels critères. En Haïti, ce jugement revient aux électeurs, aux institutions et à la justice, pas aux chancelleries. Ceux qui applaudissent ce type de discours sans en mesurer la portée prennent le risque de valider un droit de regard extérieur sur le choix des dirigeants. Les partenaires internationaux ont des leviers légitimes, comme l'aide, les sanctions ciblées et l'appui technique aux élections. Ils gagneraient à les exercer sans prétendre dicter un profil présidentiel.